À l’heure où l’on traverse l’Europe en quelques heures d’avion et où les voyages se déroulent selon des plannings millimétrés, certains choisissent encore un autre rythme, celui de la lenteur, de la simplicité et de l’imprévu. C’est le choix de Jean‑Jacques Danalet, marcheur suisse, qui a fait de l’âne à la fois son compagnon de route et son maître en patience. Il parcourt le chemin de Compostelle par deux fois, avec une ânesse. Séduit par cette manière d’avancer, il repart, en août 2001, de Carouge en Suisse pour une nouvelle aventure, sillonnant les routes de France, d’Espagne et du Portugal pendant trois ans, avec Modestine, son ânesse, et Titus, son âne. Le tout attelé à une petite roulotte, avec un chien pour compléter le cortège. Un voyage à contre-courant, où marcher et rencontrer comptent bien plus que la performance ou la destination.
Quand les ânes changent le voyage
Partir sur les chemins français, espagnols et portugais avec ses deux compagnons à longues oreilles. Une décision audacieuse, car voyager avec deux bêtes de somme et un ânon qui viendra sur le chemin, demande endurance, patience et souplesse, sans oublier le chien.
Voyager autrement : la lenteur comme école de vie
Un voyage, au pas de l’âne, nul besoin de courir. La cadence tranquille impose d’ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure : un paysage rural qui se déploie doucement, un village désert à l’heure de la sieste, un paysan qui s’arrête intrigué par la caravane insolite.
Ici, l’essentiel n’est pas d’arriver, mais de marcher. Cette lenteur volontaire fait surgir une vérité simple : la campagne profonde, celle des chemins de traverse, ne se révèle qu’à ceux qui savent prendre le temps.
L’âne, médiateur de rencontres
Partout où ils passent, les ânes attirent la sympathie. Les enfants accourent, les anciens racontent leurs souvenirs de bêtes de somme, certains offrent même un coup de main ou un verre de vin. Contrairement au pèlerin solitaire, le marcheur accompagné d’ânes devient un personnage collectif : on ne se contente pas de le croiser, on vient vers lui, on partage un moment. Dans ce voyage, ce sont les animaux qui ouvrent les portes et les cœurs.
Un chemin sans projet, à la va-comme-je-te-pousse
Le périple de Danalet, de la France au Portugual en passant par l’Espagne, n’est pas un itinéraire fixé d’avance. Guidés par les besoins de la marche et par les caprices des animaux, l’homme et ses ânes avancent “à la va‑comme‑je‑te‑pousse”, entre détours, haltes improvisées et étapes écourtées. C’est toute la beauté de ce “non‑voyage” : accepter de ne pas maîtriser le temps, d’être tributaire du rythme des bêtes et des hasards de la route. Une école d’humilité, mais aussi une invitation à vivre pleinement le présent.
Le temps retrouvé des sentiers
De ce chemin parcouru avec ses ânes en France, en Espagne et au Portugal, reste bien plus qu’un carnet d’itinéraire : une philosophie du voyage au pas lent. En privilégiant la simplicité, Jean‑Jacques Danalet redécouvre une vérité que nos sociétés pressées ont oubliée : la destination n’a guère d’importance, seul le chemin compte. Dans la poussière des sentiers, entre les oreilles de Modestine et de Titus et les gambades de l’ânon qui naîtra pendant l’aventure, se dessine une sagesse intemporelle : avancer sans se hâter, accueillir ce qui vient, et retrouver dans la marche le rythme fondamental de la vie.



