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Symbole d’un savoir-faire ancestral et compagnon fidèle des bêtes de somme, le bât raconte à lui seul une partie de l’histoire rurale française. Né de la main des selliers et bourreliers, il a longtemps accompagné paysans, muletiers et voyageurs sur les chemins de France et d’ailleurs. Du bois et du cuir des bâtures d’autrefois aux matériaux modernes d’aujourd’hui, son évolution témoigne d’une alliance constante entre utilité, ingéniosité et respect de l’animal. Cet article, inspiré du Manuel complet du bourrelier et du sellier de M. Lebrun (1853), propose un voyage à travers le temps, à la découverte du bât : son origine, sa fabrication et ses multiples formes, reflets d’un patrimoine toujours vivant.
L’histoire du bât : du savoir-faire traditionnel à la randonnée moderne
Le bât fait partie intégrante de notre patrimoine rural. De la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à nos jours, il accompagne les bêtes de somme, évolution après évolution, au rythme des usages et des besoins.
Qu’est-ce qu’un bât ?
Le bât est une sorte de selle placée sur le dos des animaux de somme (âne, cheval, mulet). Il sert à fixer des fardeaux ou des sacoches tout en répartissant la charge sans blesser l’animal.
Techniquement, il se compose de cinq à six pièces :
- Deux lobes ou aubes qui reposent directement sur le dos.
- Deux courbes assemblant ces lobes entre eux, formant ainsi le fût.
- Une ou deux matelassures ou panneaux ajoutées pour le confort.
L’ensemble fût + matelassure constitue le bât. Les sanglages viennent ensuite fixer le tout sur l’animal.


Les principaux types de bât
À la fin du XIXᵉ siècle, trois modèles dominaient nos campagnes :
- Le bât ordinaire, très répandu chez les paysans pour chevaux et ânes.
- Le bât français à fausses gouttières, au fût dit “normand”.
- Le bât d’Auvergne, adapté au mulet.
Puis vint le temps des bâts militaires, plus techniques, mais souvent lourds : suisse, anglais, italien ou allemand, chacun présentait ses particularités, notamment dans les matériaux (fer, capiton, matelassure) et le poids, variant de 20 à 40 kg. Ces bâtis solides, mais encombrants, ne convenaient qu’à des animaux robustes.
Le renouveau du bât : de la tradition à la randonnée
Avec l’après-guerre et les années 1970-1980, les modèles américains légers firent leur apparition. Le bât Decker ou le bât à croisillons, hérités des chercheurs d’or, offraient une simplicité et une solidité remarquables pour la randonnée.
En France, la Fédération des Randonneurs Équestres de France (FREF) modernisa le concept du bât à croisillons, en bois et sanglage sur mesure, adapté aux chevaux, mules et ânes.


L’innovation artisanale : les bâts des années 1990
Des artisans selliers, en collaboration avec des randonneurs, imaginèrent de nouveaux modèles :
- Le bât Saint-Jacques, léger (6–7 kg), avec structure bois et porte-bagages pour les voyages au long cours.
- Le bât Saint-Vincent, polyvalent, transformable en bât de portage.
- Le bât de débardage, robuste et confortable, utilisé pour le travail forestier.
- Le bât Selle, conçu pour porter un passager léger, notamment un enfant.
Les bâts articulés et modernes
Dans les années suivantes, les matériaux évoluent : aluminium, acier, polyéthylène. Les bâts “Ralide” et les modèles articulés offrent une meilleure adaptation aux dos des animaux, mais parfois au détriment du confort si la charge est mal répartie.
Des variantes françaises en bois articulé ont également vu le jour, cherchant toujours à concilier ergonomie, durabilité et respect de l’animal.


Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui encore, le bât reste essentiel à la randonnée avec âne ou au débardage en terrain difficile. Il symbolise le lien ancestral entre l’homme, la bête et le voyage. Qu’il soit artisanal ou moderne, il rappelle une valeur essentielle : le respect de l’animal porteur et de la tradition rurale qui a su évoluer sans jamais se perdre.