En juin 2007, Mathilde et Édouard Cortès, tout juste mariés, se lancent dans un voyage de noces hors norme : rallier Jérusalem à pied, comme les pèlerins d’antan, sans argent, en s’abandonnant à la Providence. Ce périple de 6.000 km traverse 13 pays : de la France à la Terre Sainte, leur itinéraire les mène à Milan, Mostar, Damas, jusqu’à Jérusalem, ville promise. Le couple vit une expérience initiatique forte, rythmée par les rencontres bienveillantes, mais aussi les désillusions et difficultés, notamment dans les Balkans ou au Proche-Orient (rejets, agressions). Mathilde notera dans leur carnet de route : “Seul le rêveur d’impossible est capable d’atteindre les impossibles rêves”.
Ce voyage révèle à la fois la bonté des inconnus et la dureté du chemin, mais avant tout la découverte de soi et de l’autre. À travers cette marche, Édouard réalise que la foi peut s’incarner physiquement, que chaque pas aide à grandir, à s’ouvrir.
Installés dans le Loiret, Mathilde et Édouard fondent une famille de trois filles, menant une vie simple en campagne, mais gardant vivant le désir d’aventures porteuses de sens. Leur goût du voyage et de la quête spirituelle se transmet à leurs enfants. Leur histoire devient bientôt celle d’une famille tout entière.
Poussé par leur foi, le couple reprend la route en 2013, cette fois accompagné de leurs trois jeunes filles et de l’âne Octave. Leur projet : rallier Rome en suivant la via Francigena, chemin millénaire des pèlerins. Partis du Puy-en-Velay le 19 mars, ils traversent monts, vallées, et villages d’Europe sur près de 1.400 kilomètres. L’équipage, bivouaquant sous la tente, surmontant la météo et les petits incidents, vit pleinement l’itinérance familiale. Les enfants, âgés de quelques mois à 3 ans, voyagent dans une carriole tirée par Octave, lui-même sujet à la rébellion et aux facéties, rendant l’aventure plus humaine encore.
En juillet 2012, ils achèvent leur marche sur la place Saint-Pierre, participant à l’Angélus du pape Benoît XVI à Castel Gandolfo. L’occasion leur est aussi donnée de partager brièvement leur récit auprès du souverain pontife lors d’une audience privée. Ce pèlerinage est source d’immenses questionnements personnels et conjugaux, une façon de puiser l’espérance à travers l’effort et la simplicité.
Dans ses écrits, Édouard partage les réflexions de ses filles, l’humour de l’âne et les extraits de récits de pèlerins d’autrefois. Mais il évoque surtout l’hospitalité reçue et les problèmes de communication inhérents à la vie de couple imprégnée de spiritualité et confrontée à la routine du quotidien.
Chaque marche trace une frontière invisible : il y eut pour les Cortès un avant et un après Jérusalem, désormais un avant et un après Rome. Édouard, écrivain voyageur, confie que l’essentiel n’est pas tant dans le but atteint que dans l’apprentissage de la simplicité, du dépouillement et de la confiance en l’autre. À travers leur témoignage, ils invitent chacun à oser marcher pour vivre pleinement, et à inscrire sa propre histoire sur les vieux chemins des pèlerins.
Sur les routes d’Europe et du Moyen-Orient, comme dans leur domicile du Loiret, la famille Cortès enseigne la force d’une marche guidée par la foi, la beauté des rencontres et le pouvoir d’une aventure partagée.
Leurs récits (XO Éditions) offrent un exemple rare et précieux : celui d’un amour et d’une confiance incarnés, d’un cheminement spirituel autant que physique. Leur histoire inspire et questionne tout marcheur ou pèlerin sur la véritable nature du voyage.



